Retour sur l’événement de rentrée 2026 d’ESS France
L’ESS avance unie à l’approche de l’élection présidentielle

Mercredi 16 septembre, l’Auditorium d’Aéma Groupe à Issy-les-Moulineaux a accueilli le temps fort annuel de plaidoyer d’ESS France. En partenariat avec Aéma Groupe, cet événement de rentrée a réuni dirigeants, élus et acteurs de terrain autour d’un constat partagé : pilier indispensable de la société française, l’ESS est l’économie qui traduit les droits formels en droits réels. Pourtant, ce mode d’entreprendre ne bénéficie pas encore du soutien suffisant de la part des pouvoirs publics pour pleinement réaliser la promesse républicaine.
À l’approche de la séquence budgétaire et à quelques mois d’un scrutin présidentiel déterminant, la soirée a été conçue comme un espace d’écoute active, où des représentants des institutions sont venus prendre la mesure des réalités du terrain, des obstacles freinant le développement des activités et des préconisations défendues par les réseaux de l’ESS.
Découvrir le replay de l'événement :
Un évènement en partenariat avec Aéma Groupe

C’était le message fort porté par Béatrice Augier, Présidente d’Aéma Groupe, introduisant l’événement : l’ESS tire sa légitimité de ses principes fondateurs pour bâtir une société résiliente. « Loin d’être une solution de secours, l’ESS s’impose comme un modèle civique, social et économique à part entière », a-t-elle affirmé, soulignant que la croissance ne peut se conjuguer sans démocratie ni considérations environnementales. Des acteurs majeurs comme la MACIF ou Aesio Mutuelle, les composantes d’Aéma Groupe, démontrent déjà qu’une performance économique nourrie par l’utilité sociale est possible : « loin d’être une exception théorique, l’ESS se révèle robuste et innovante ».
L’intervention du ministre Serge Papin

La séquence introductive de l’événement s’est poursuivie par l’intervention de Serge Papin, Ministre des Petites et moyennes entreprises, du Commerce, de l’Artisanat, du Tourisme, du Pouvoir d’achat et de l’ESS. Revenant sur l’adoption de la Stratégie Nationale de l’ESS (SNESS) le 9 juillet dernier comme un moment historique, il est revenu sur des mesures concrètes annoncées depuis : signature d’une convention sur l’ESS avec Bpifrance et la Banque des Territoires, dématérialisation de l’agrément ESUS, et mesures fiscales du « pacte Papin » pour faciliter la transmission des entreprises vers les salariés. Concernant le budget 2027, il a indiqué qu’il se « battra » pour maintenir les crédits de l’action ESS de bercy et a annoncé la mise en place d’un « orange budgétaire », une mesure demandée de longue date par ESS France. Cette annexe au budget de l’Etat permettra d’analyser l’évolution des concours publics à l’ESS d’une année sur l’autre. Enfin, il a évoqué l’événement de valorisation de la marque ESS qui se tiendra à Bercy au cours des prochains mois.
Les interventions des adhérents d’ESS France :
Donnant la parole aux représentants de grands réseaux de l’ESS, l’événement a articulé les débats autour de quatre séquences :
- L’économie de l’intérêt général

Face à la baisse des financements et à l’urgence climatique illustrée par les incendies de l’été, Joséphine Delpeyrat (Mouvement associatif) a appelé à rétablir la confiance entre l’État et le secteur associatif, en supprimant le contrat d’engagement républicain et en créant un dispositif de sécurisation des financements des associations. Laurent Pinet (Coorace, représentant du collectif IAE) a alerté sur la fragilisation des structures d’insertion, un paradoxe alors que « les fragilités sociales s’accentuent et les tensions territoriales grandissent ». Rappelant le rôle économique, social et démocratique de l’IAE, Laurent Pinet a indiqué « Nous ne réparons pas seulement des parcours de vie, nous préparons les territoires de demain ». Marion Lelouvier (Centre Français des Fonds et Fondations) a plaidé en faveur d'un maintien du cadre fiscal actuel, qui permet d’orienter des moyens privés vers l’intérêt général, ainsi que pour un dialogue interministériel afin de protéger la philanthropie.
Réagissant depuis la salle, Boris Vallaud (Député, Parti socialiste), a rappelé qu’avec l’ESS « la critique du capitalisme n’est pas la critique de l’esprit d’entreprise », et que « le profit peut céder à la lucrativité limitée », ce qui permet à cette économie d’envisager le long terme. Il s’agit ainsi de promouvoir fortement l’ESS, qui « ne peut plus être le supplément d’âme d’un monde économique malade ».
- L’économie des protections et des transitions

La crise climatique était au centre des débats. Béatrice Augier a rappelé le rôle crucial des assureurs mutualistes dans la gestion des catastrophes naturelles, appelant à une politique nationale de prévention ambitieuse. Sur le front de la santé et de la démographie, Éric Chenut (Mutualité Française) a évoqué un contexte où l’Etat procède à de plus en plus de transferts de dépenses de santé vers les organismes complémentaires et applique un niveau de taxation très élevé sur la santé. Dans un contexte de crise climatique et d’augmentation des dépenses de santé il est urgent de repenser la protection sociale en s’appuyant davantage sur la démocratie sociale. Jérôme Saddier (Coop FR) a affirmé la nécessité de soutenir la transmission des entreprises vers les coopératives, garantes de la souveraineté alimentaire et industrielle des territoires et a exprimé un message de solidarité aux associations dans leur combat face au contrat d’engagement républicain. Thomas Ladreyt (Emmaüs) a présenté le réemploi comme une réponse concrète à l’urgence écologique, déplorant la baisse des financements dédiés.
Réagissant aux interventions des adhérents d’ESS France, Antoinette Guhl (Sénatrice, Les Écologistes) a souligné le rôle central de l’ESS comme antidote aux effondrements écologiques, démocratiques et sociaux. Face à un modèle économique de prédation ayant déjà dépassé neuf des dix limites planétaires, elle a affirmé que la réponse ne peut être qu’économique et fondée sur des valeurs de solidarité. Elle a également insisté sur la nécessité de contrer la concentration des richesses et a réaffirmé l’engagement de son groupe politique aux côtés de l’ESS.
Aurélie Trouvé (Députée, La France Insoumise) a illustré les contradictions du système actuel en évoquant le refus de la Bpifrance d’accorder une aide de 40 000 euros à l’école du Label Emmaüs pour sa formation au réemploi, au motif d’une moindre rentabilité, alors que la même institution finance des projets sans pertinence sociale ou écologique. Elle a dénoncé cette logique qui relègue l’ESS au rang de « supplément d’âme » et a plaidé pour la création d’une banque publique dédiée aux besoins sociaux productifs de la France afin d’assurer une réelle équité de traitement.
- L’économie qui entreprend mieux

David Cluzeau (UDES) a dénoncé le coût du travail dans l’ESS, pénalisé par la taxe sur les salaires, un impôt injuste, « véritable trappe à bas salaires », et a appelé à mesurer la « dette sociale » autant que la dette financière. Caroline Neyron (Mouvement Impact France) a défini l’ESS comme une « arme de protection massive » et a défendu l’idée d’une « rentabilité au carré », à la fois économique, sociale et écologique, et plaidé pour une commande publique introduisant un « privilège local ».
- L’économie au cœur des territoires

Morgane Gauquelin (CRESS Île-de-France) est revenue sur le rôle essentiel exercé par les Chambres régionales de l'ESS et a dressé un constat alarmant sur la situation du « plancton de l’ESS » : les petites associations, fragilisées par les retards de paiement des marchés publics et le vieillissement de leurs dirigeants, peinent à se projeter.
Se revendiquant « militante de l’ESS », Marie-Agnès Poussier Winsback (Députée, Horizon et ancienne ministre de l’ESS), a exhorté l’ESS à valoriser davantage ses réalisations, affirmant que son expérience d’élue locale lui a démontré que l’ESS est l’économie qui « innove, qui est là quand il ne reste plus personne ».
Séquence dédiée à la marque ESS

La soirée a également permis à Antoine Détourné, Délégué Général d’ESS France, d’évoquer la marque ESS, lancée en juin dernier, qui compte déjà plus de 400 organisations utilisatrices et dont la visibilité sera renforcée par une nouvelle campagne de communication.
Plus d'informations sur : ess-laplateforme.fr
L’ESS avance unie à l’approche de l’élection présidentielle

En conclusion, Benoît Hamon, Président d’ESS France, a annoncé la suite du processus du plaidoyer d’ESS France à l’occasion de l’élection présidentielle : après avoir fait entendre les priorités des grands réseaux auprès des décideurs publics, ESS France organisera en janvier 2027 un événement d’audition des candidats à l’élection présidentielle sur leurs engagements à l’égard de l’ESS.
Dénonçant la polarisation entre une pauvreté croissante et des richesses insolentes, Benoît Hamon a défini l’ESS comme « le fait qu’on peut entreprendre sans vouloir s’enrichir ». Il a lancé un avertissement clair aux futurs candidats : « Un programme qui ne contiendra pas de stratégie ESS n’aura aucune crédibilité sur les questions de transition écologique, numérique ou démographique ». Pour résister et grandir, l’ESS devra faire de la contractualisation entre ses propres structures un axe majeur de son action, affirmant ainsi sa puissance collective face aux défis de demain.
Enfin, « nous devons tous nous inquiéter d’une arrivée au pouvoir du RN », a-t-il ajouté, « car ce parti nous cible comme des fauteurs de trouble ». Benoît Hamon appelle donc les acteurs de l’ESS à « ne pas être naïfs » et à « prendre leurs responsabilités » face à l’extrême droite.
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