Résolution : Position d'ESS France sur la problématique des violences sexistes et sexuelles

La société contemporaine est actuellement traversée par une résurgence préoccupante de discours réactionnaires et masculinistes. Dans ce contexte, les violences sexistes et sexuelles ne peuvent être considérées comme des faits isolés ou marginaux : elles constituent un phénomène systémique. Selon l’Observatoire national des violences faites aux femmes, toutes les 23 secondes, une femme est victime de violences sexistes(1). Ces violences entraînent des conséquences immenses sur les personnes victimes et leur entourage, à travers d’éventuels dommages corporels, des troubles anxieux ou post traumatiques, et des épisodes dépressifs. Elles ont également des impacts au sein même des organisations, pour le bien-être et la confiance des équipes, la perturbation des activités quotidiennes et in fine la performance sociale et économiques des structures concernées.
Ce phénomène est alimenté et exacerbé par la diffusion de discours masculinistes, antiféministes et anti-LGBTQIA+(2) menant à une remise en cause progressive des droits des femmes et des minorités partout dans la société. Ces dynamiques se traduisent par la multiplication des attaques contre les politiques publiques d'égalité, par des campagnes de cyberharcèlement contre des militantes féministes, par la baisse des financements et la remise en cause de l’expertise des organisations engagées dans la défense des droits des femmes et des minorités de genre.
Par son histoire et ses engagements formalisés dans la Déclaration d'engagement de l’ESS : « Pour une République sociale et solidaire : nos raisons d’agir »(3), l'ESS est porteuse d'un projet démocratique fondé sur l'égalité et la dignité de tous. À ce titre, elle entretient des liens avec les mouvements de promotion des droits des femmes et de l’égalité entre les genres, qui relèvent de son champ et avec lesquels elle partage des figures historiques communes. Elle s’oppose aux violences patriarcales au regard des valeurs d'égalité, de démocratie et de solidarité qui fondent son engagement. Cependant, l'adhésion à ces valeurs ne saurait constituer à elle seule un rempart contre l'apparition ou la reproduction de violences sexistes et sexuelles au sein de nos organisations. L’ESS, par son fonctionnement démocratique et la diversité de ses acteurs, n’est pas immune aux rapports de pouvoirs qui se jouent dans le reste de la société. Dans nos organisations, les violences sexistes et sexuelles peuvent se manifester dans la diversité des parties constituantes des entreprises et organisations de l'ESS : salariés, bénévoles, bénéficiaires, élus, etc. Certaines sont confrontées à ce phénomène, comme Emmaüs France, et ont courageusement et sincèrement déployé une méthodologie rigoureuse pour traiter les signalements, accompagner les victimes et déployer des protocoles de prévention. Des têtes de réseaux de l’ESS, notamment celles dédiées à la fonction employeur, ont mis en œuvre des programmes de sensibilisation, de prévention, et d’accompagnement face à ces violences, programmes qu’il convient de valoriser et d’amplifier. Dans ce contexte, ESS France et ses membres affirment leur volonté de reconnaître l'existence des violences sexistes et sexuelles, y compris au sein de leurs propres organisations et s'engagent à lutter contre toutes leurs formes.
Aussi, ESS France et ses organisations adhérentes affirment leur intention de contribuer à l’élaboration d’un protocole d’actions visant à prévenir ces violences, à accompagner les victimes et à garantir un environnement de travail ou d’engagement sécurisé et serein, en prenant en compte les différentes responsabilités des acteurs de l’ESS, notamment celles des entreprises employeuses et des organisations qui les représentent, spécifiquement l'UDES.
De plus, elles renforceront leurs liens et leur appui aux associations et organisations féministes qui disposent d'une expertise et qui déploient des actions essentielles pour comprendre, prévenir et combattre ces violences. Enfin, elles défendront l’inclusion de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles dans la refonte du guide des bonnes pratiques de l’ESS.
(1) - Observatoire national des violences faites aux femmes – Les violences sexistes et sexuelles en France en 2024
(2) - Qui concerne les lesbiennes, Gay, Bisexuel-les, Trans (ou transgenre), Queer, Intersexes, Asexuel-les…
(3) - https://www.ess-france.org/fr/declaration-dengagement-de-less